EXPOSITION VIRTUELLE – Atelier les Mille Feuilles – Patrick Gauvin

EXPOSITION VIRTUELLE – Atelier les Mille Feuilles – Patrick Gauvin

Une surface d’impression est un espace neutre sur lequel est déposé de la matière de manière à faire apparaître un motif, un signe, un langage, une idée. La neige incarne, de manière fantastique, cette idée d’une matière vierge, disponible à accueillir les traces que l’activité humaine peut y déposer. La neige est la page blanche, la ville le réservoir d’encre aux couleurs multiples.

Pour les œuvres de l’exposition, j’ai tenté de témoigner d’une présence venant coloniser les bancs de neige tel un processus d’« impression urbaine ». J’ai photographié quotidiennement les empreintes de la ville sur la neige qui s’accumule au fil de l’hiver. Des photos, j’ai développé des modèles 3D afin de traduire l’aspect structural des monticules enneigés augmentés des dépôts laissés par la ville.

Mes déplacements quotidiens, à la marche, m’ont emmené à contempler des paysages de neige en constante évolution. En ville, à Montréal plus spécifiquement, la neige est rarement blanche et immaculée, bien que cette idée archétypale persiste dans nos mémoires. La ville dépose à chaque seconde des traces sur la surface blanche vacante : sable, mégots de cigarette, poussières, urine, crottes de chien, feuilles d’automne. Sur sa surface, la neige devient un espace archéologique où s’impriment le souffle de la ville, le passage de ses habitants. Les paysages de neige se creusent et se colorient de l’anthropocène. Ils acquièrent un relief chaotique et racontent leur histoire.

Pour prolonger la démarche et la réflexion sur le concept d’impression, j’ai aussi tenté de révéler les plus petites particules parasitaires, virus et bactéries, déposées sur la neige par la ville et son atmosphère vivante. Ainsi, grâce au support matériel et technique du Speculative Life Bio Lab (Milieux) de l’université Concordia, j’ai analysé des échantillons de neige du centre-ville de Montréal et utilisé une culture afin de révéler les bactéries déposées sur la neige accumulée.

Avec des bactéries Serratia marcescens neutralisées (famille des Enterobacteriaceae), j’ai aussi peint des plaques de gélose explorant des thématiques (1. Inoculation / 2. Circulation / 3. Extension) associées aux dépôts de matière dans la neige et à sa transformation en matière imprimable.